L’humanité et la sortie de la caverne
Pendant des dizaines de milliers d’années, l’humanité a vécu à l’abri des grottes. Puis un jour, sans révolution technologique majeure, sans manifeste fondateur, elle est sortie. Elle a marché.
Ce geste, banal aujourd’hui, était alors un acte radical. Quitter la caverne, c’était quitter la sécurité pour l’incertitude. Avancer sans garantie. Explorer sans plan.
Une vie menée à toute vitesse
Longtemps, je n’ai pas supporté cette lenteur-là.
J’ai été un homme pressé. Très pressé.
J’ai grandi dans le mouvement rapide : la course à pied, les sports violents pour les articulations, les sports de raquette où il faut frapper fort, décider vite. À 18 ans, lors de ma préparation militaire en Moselle puis dans une compagnie de combat du génie en Allemagne, j’ai découvert le commandement (là aussi, il fallait aller vite, décider, avancer).
Dans ma vie civile, ce fut pareil : motos puissantes, voitures rapides, VTT de descente, roller de course. J’aimais la vitesse. J’aimais sentir que ça poussait.
Marcher ? Trop lent. Inutile.
La peur et le sens de la course
Avec le recul, je sais ce qui me faisait courir : la peur de ne pas finir. Peur de mourir avant d’avoir « terminé ». Terminé quoi ? À 35 ans, quand j’ai pris mon premier coach, il m’a posé cette question. Je n’ai pas su répondre.
Je courais sans savoir vers quoi.
Le goût de la solitude et de la marche
Et pourtant, il y avait déjà en moi autre chose : le goût de la solitude, des sacs à dos, des bivouacs dans les Vosges dès l’adolescence, l’attachement à la Bretagne, aux récits celtes, aux racines profondes. J’aimais me retirer. Revenir dans ma caverne.
Mais je ne savais pas encore marcher.
Le déclic : Les étoiles de Compostelle
C’est un livre qui a tout déclenché : Les étoiles de Compostelle de Henri Vincenot. J’avais trente ans. J’y ai vu un jeune apprenti guidé par un vieux druide, avançant sur les chantiers des cathédrales. À l’époque, je me suis reconnu dans l’apprenti. Aujourd’hui, je sais que je suis devenu le druide.
Le départ et l’expérience du chemin
En juin 2000, je suis parti. Huit cents kilomètres. Trente jours. Un sac de vingt kilos, que j’ai allégé brutalement dès les premières étapes. Le corps a vite rappelé une loi simple : on ne triche pas longtemps avec le poids.
La première semaine, j’étais encore plein (plein d’idées, de tensions, de projets). La deuxième, le calme est arrivé , comme une eau boueuse qui se dépose enfin. La troisième, le découragement : la fatigue, l’arrêt à Moissac, le corps remis d’équerre par un rebouteux.
Et puis, la quatrième semaine.
La révélation de la marche
Le pas s’est ralenti. Allongé. J’étais capable de marcher des heures sans penser. Littéralement. Le corps avait pris la main. Je n’étais plus pressé, parce qu’être pressé n’avait plus aucun sens.
C’est là que j’ai compris.
Marcher, ce n’est pas avancer plus lentement. C’est entrer dans un autre temps.
L’impact sur la vie
Quand je suis rentré, plus rien n’a été pareil. Il y a eu un avant et un après. Une rupture nette.
Burn-out, dépression, divorce, perte de repères, reconstruction complète. À quarante ans, j’ai dû réécrire mon histoire, mon identité.
La marche m’avait mis à nu.
Marcher pour réfléchir et décider
Depuis, dès que je dois réfléchir, décider, comprendre, je me mets en mouvement. Je téléphone rarement assis. Je marche. Quand le brouillard est trop dense, je prends mes chaussures, ma canne, mon chapeau, et je pars une heure, deux heures.
La marche fatigue le corps. Mais elle nettoie l’esprit.
Pendant des années, j’ai emmené mes clients marcher sans le nommer : un consultant en stratégie qui propose une balade en montagne, ça surprend, puis ça éclaire.
TRACE : marcher autrement
TRACE est né de là.
Marcher autrement : sortir des cavernes modernes (bureaux, écrans, agendas saturés) pour retrouver un rythme humain.
La clarté commence souvent par un pas dehors.